Libre parcours astronomique

  le 20 janvier 2018

Rémy Jacqmin, lecteur à voix haute proposera un "Libre parcours astronomique", pour placer sous les meilleurs augures la Nuit de la lecture. Il embarquera ses auditeurs pour un voyage dans les écrits scientifiques, les récits et les contes en compagnie d'Hubert Reeves, Edgar Allan Poe, H.G.Wells, Eduardo Galeano et bien d'autres.

Sans trop en dévoiler, il se pourrait que Rémy Jacqmin lise, par exemple, un passage comme celui-ci, écrit par Italo Calvino :

La distance de la Lune

Autrefois, selon Sir George H. Darwin, la Lune était très proche de la Terre. Ce sont les marées qui, peu à peu, l’en éloignèrent : les marées que la Lune, précisément, détermine dans les eaux terrestres, et par lesquelles la Terre perd lentement son énergie.
Je le sais bien ! s’exclama le vieux Qfwfq, vous ne pouvez pas vous le rappeler, vous autres, tandis que moi je peux. Nous l’avions toujours sur le dos, la Lune, elle était énorme : quand c’était la pleine Lune – des nuits claires comme le jour, mais avec une lumière de la couleur du beurre –, on aurait dit qu’elle allait s’écraser ; et quand c’était la nouvelle lune elle roulait à travers le ciel à la façon d’une ombrelle noire emportée par le vent ; et durant sa croissance, elle avançait avec la corne tellement basse que pour un peu elle avait l’air de vouloir embrocher la crête d’un promontoire, et y demeurer ancrée.
Les marées, quand la Lune était au plus bas, étaient tellement hautes qu’il n’y avait plus personne pour les retenir. Et il y avait des nuits de pleine Lune, celle-ci extrêmement basse, et de marée, celle-là extrêmement haute, au point que si la Lune ne se baignait pas dans la mer, il s’en fallait d’un cheveu ; disons de quelques mètres.
Est-ce que nous n’avons jamais essayé d’y monter ? Et pourquoi ? Il suffisait d’y aller, en barque, jusque dessous, d’y appuyer une échelle, et d’y monter.
Notre travail consistait en ceci : sur les barques nous portions une échelle à crampons ; l’un la tenait, l’autre y montait, tandis qu’un troisième, préposé aux rames, nous faisait avancer jusque sous la Lune. Celui qui était en haut de l’échelle, quand la barque approchait de la Lune, était épouvanté et criait :
– Arrêtez ! Arrêtez ! Je vais me cogner la tête !

Italo Calvino, Cosmicomics, trad. J. Thibaudeau, Points Roman Le Seuil 1988